La menace du nucléaire iranien s’invite au sommet de l’ONU

Écrit par sur 3 août 2022

NEW YORK: Les États-Unis restent convaincus qu’un retour mutuel au respect de l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien constitue le meilleur moyen «de s’assurer que nous remettons le programme nucléaire iranien à sa place et d’éviter toute forme de crise», a déclaré lundi le secrétaire d’État, Antony Blinken.

Blinken s’est exprimé lors d’une conférence de presse organisée au siège des Nations unies à New York et à laquelle Arab News a assisté. Il dirigeait une délégation de soixante personnes, chargée de donner le coup d’envoi des négociations nucléaires de haut niveau qui auront lieu ce mois-ci.

Il a précisé que les États-Unis avaient accepté une proposition de l’UE, rédigée «après plusieurs mois de discussions, de négociations et de conversations», ajoutant qu’il reste à voir si l’Iran suivra.

«Nous sommes prêts à aller de l’avant selon ce qui a été convenu. On ignore toujours si l’Iran est prêt à le faire», a indiqué Blinken.

Ses commentaires sont intervenus peu de temps après que les États-Unis ont imposé à Téhéran une nouvelle série de sanctions sur le pétrole et les produits pétrochimiques. Ils font suite aux déclarations du directeur l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI), Mohammed Eslami, selon lesquelles Téhéran a la capacité de fabriquer une arme nucléaire, «mais ne prévoit pas de le faire».

Les États parties au traité sur la non-prolifération des armes nucléaires se réunissent tous les cinq ans à New York pour examiner le fonctionnement de l’accord et la mise en œuvre de ses dispositions: empêcher la propagation des armes nucléaires, détruire l’arsenal nucléaire existant afin de parvenir à terme à un monde sans armes nucléaires, et promouvoir les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire.

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a ouvert la conférence en signalant qu’elle se déroulait à un moment critique pour la paix et la sécurité mondiales, «car l’humanité risque d’oublier les leçons tirées des terribles incendies d’Hiroshima et de Nagasaki».

Selon Guterres, les tensions géopolitiques atteignent de nouveaux sommets, tandis que les États «cherchent un faux sentiment de sécurité en stockant et en dépensant des centaines de milliards de dollars pour des armes apocalyptiques qui n’ont pas leur place sur notre planète».

La dernière conférence d’examen a eu lieu en 2015 et la conférence actuelle aurait dû avoir lieu en 2020, mais elle a été retardée par la pandémie.

Avec ses 191 pays membres – dont cinq États dotés de l’arme nucléaire, à savoir la Chine, la Russie, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni – le TNP est l’accord multilatéral de contrôle des armements le plus étendu. Il est entré en vigueur en 1970 et constitue la pierre angulaire du régime mondial de non-prolifération.

L’accord sur le nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de plan d’action global conjoint (JCPOA), a été convenu après la conférence d’examen de 2015, de sorte qu’il n’a jamais été discuté par les États parties auparavant.

Gustavo Zlauvinen, président de la 10e conférence d’examen du TNP, a déclaré à Arab News qu’il pensait que les États-Unis et d’autres États parties exprimeraient des inquiétudes concernant les programmes nucléaires iraniens, en se référant au dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique qui a révélé «des incohérences et une multitude d’autres questions qui jettent une ombre sur le programme nucléaire iranien et qui ont soulevé des questions sur le caractère réellement pacifique ou non de ce programme».

Zlauvinen a déclaré qu’il s’attendait à ce que l’Iran défende son programme comme un programme pacifique. «Ensuite, la question sera de savoir à quel point les États-Unis et les autres pays feront pression pour que cette question soit incluse ou non dans tout document final.»

«Je crois que plus nous ferons de progrès dans les pourparlers de Vienne concernant le JCPOA, moins le niveau des discussions de la conférence d’examen sera élevé. Mais si aucun progrès n’est effectué lors de ces discussions, il y aura probablement plus de débats ici», a-t-il ajouté.

S’exprimant au nom du groupe arabe, Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères, a affirmé que les États arabes considéraient le régime du TNP comme extrêmement important                               et reconnaissaient l’AIEA comme la seule agence ayant pour mandat de vérifier les incidents liés à l’utilisation pacifique des matières nucléaires.

Il a déclaré aux ambassadeurs et ministres du monde entier que le traité était fondé sur un accord qui demandait aux États nucléaires d’éliminer leurs armes atomiques et à toutes les autres nations de s’engager à ne pas produire de telles armes.

«Les États dotés d’armes nucléaires ne se sont pas conformés. Le monde arabe est préoccupé par cette situation», a souligné Safadi, qui a exhorté ces États à adopter la transparence concernant leurs arsenaux nucléaires.

Il a appelé à la création d’instruments contraignants pour rassurer les États non nucléaires sur les garanties internationales contre l’utilisation des armes atomiques.

Safadi a également évoqué l’interdiction claire des transferts de technologie nucléaire vers des États qui ne sont pas parties au traité, en pointant du doigt Israël, l’un des quatre pays n’ayant pas adhéré à l’accord, ainsi que le Pakistan, l’Inde et le Soudan du Sud.

La conférence d’examen de 1995 s’est clôturée par la décision de créer une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.

Safadi a signalé que «le Moyen-Orient a déjà suffisamment de problèmes à gérer sans nouvelle forme de crise ou l’entrée d’armes nucléaires dans nos pays».

La Jordanie «s’engage pleinement à respecter le TNP», a-t-il ajouté.

Toutefois, Safadi a indiqué que l’objectif de parvenir à un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires va de pair avec la résolution de tous les problèmes du Moyen-Orient, notamment la situation en Palestine, la guerre en Syrie, le conflit yéménite et les tensions en Libye.

«Ce sont de véritables obstacles, qui se renforcent mutuellement. Sans résolution mutuelle de tous ces problèmes, nous continuerons à voir le Moyen-Orient en difficulté», a-t-il soutenu.


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