Irak: les manifestants pro-Sadr occupent le Parlement « jusqu’à nouvel ordre»

Écrit par sur 30 juillet 2022

BAGDAD : Des milliers de partisans du leader politique chiite Moqtada Sadr ont envahi samedi le Parlement irakien qu’ils comptent occuper jusqu’à nouvel ordre, après une nouvelle journée de manifestation dans un pays en pleine crise politique.

Brandissant des drapeaux irakiens, des portraits de Moqtada Sadr et des enseignes religieuses, les manifestants se sont pressés dans le hall d’entrée du Parlement avant de pénétrer dans l’hémicycle, faisant le signe de la victoire et prenant des selfies dans une ambiance bon enfant, ont rapporté des journalistes de l’AFP sur place.

L’impasse politique est totale en Irak, dans l’attente de la nomination d’un nouveau Président et d’un Premier ministre dix mois après les législatives d’octobre 2021. Faiseur de roi et trublion de la scène politique, Moqtada Sadr a lancé une campagne de pression maximale contre ses adversaires, rejetant leur candidat au poste de chef du gouvernement.

Trois jours après avoir déjà brièvement occupé le Parlement, les manifestants ont annoncé « un sit-in (qui durera) jusqu’à nouvel ordre », selon un bref communiqué du Courant sadriste.

Allongés sur la moquette des couloirs, adossés aux piliers, certains manifestants tuaient le temps sur leur portable, d’autres s’éventaient à l’aide de cartons ou avaient enlevé leur chemise pour rester en maillot de corps, selon un journaliste de l’AFP.

«Gouvernement corrompu et incapable»

Les manifestants rejettent la candidature au poste de Premier ministre de Mohamed Chia al-Soudani, jugé proche de l’ancien chef du gouvernement Nouri al-Maliki, ennemi historique de M. Sadr.

Dans les jardins du Parlement, Sattar al-Aliawi, 47 ans, dit manifester contre « un gouvernement corrompu et incapable » qui selon lui sera formé par les adversaires de M. Sadr.

« Nous ne voulons pas de M. Soudani », martèle ce fonctionnaire. « Le peuple refuse totalement les partis qui ont gouverné le pays pendant 18 ans », lance-t-il.

« Nous tiendrons un sit-in sous le dôme du Parlement, nous allons dormir ici ».

Ancien ministre et ex-gouverneur de province âgé de 52 ans, M. Soudani est le candidat du « Cadre de coordination », alliance de factions chiites pro-Iran regroupant la formation de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et les représentants du Hachd al-Chaabi, ex-paramilitaires intégrés aux forces régulières.

S’il a aujourd’hui décidé de maintenir la pression sur ses adversaires, M. Sadr leur avait pourtant laissé la tâche de former un gouvernement, faisant démissionner en juin ses 73 députés dans une de ces volte-face dont il a le secret. Les sadristes représentaient la première force au sein du Parlement de 329 députés.

Après les incursions au Parlement, le Cadre de coordination a appelé à son tour « les masses populaires (…) à manifester pacifiquement pour défendre l’Etat et sa légitimité ».

«Escalade»

« L’escalade en cours est profondément préoccupante », a déploré sur Twitter la mission d’assistance de l’ONU en Irak. « Les voix de la sagesse sont essentielles pour prévenir de nouvelles violences », ajoute la mission, appelant tous les acteurs « à la désescalade ».

« Poursuivre l’escalade politique accroît les tensions dans la rue », a regretté dans un communiqué le Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, qui expédie les affaires courantes.

Au total, au moins 100 manifestants et 25 membres des forces de sécurité ont été blessés samedi en marge des manifestations, selon le ministère de la Santé.

Dans la nuit de vendredi à samedi, les partisans de Sadr ont saccagé à Bagdad des bureaux du parti Daawa de M. Maliki, ainsi que des locaux du Courant Hikma, la formation du politicien chiite Ammar al-Hakim, qui fait partie du Cadre de Coordination, selon une source de sécurité.

« Le Courant Sadriste a un problème avec l’idée que c’est le Cadre de coordination qui va former un gouvernement. Si ce n’est pas M. Soudani, si un deuxième ou troisième candidat est désigné, nous pouvons nous attendre également à des objections », a récemment déploré dans un entretien à l’antenne arabe de la BBC Ammar al-Hakim.


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