En France, le nouveau gouvernement est dévoilé

Écrit par sur 4 juillet 2022

PARIS : Entre parité et équilibres politiques: un nouveau gouvernement s’annonce lundi matin en France, alors que Macron convoque un Conseil des ministres à 16H00.

Dans la macronie, Olivier Véran remporte le poste de porte-parole du gouvernement, « chargé du renouveau démocratique », poste précédemment occupé par Olivia Grégoirequi est dorénavant nommée aux PME, commerce, artisanat et tourisme.

Damien Abad (Solidarités et Personnes Handicapées), objet d’une enquête du parquet de Paris pour tentative de viols, sort du gouvernement, remplacé par Jean-Christophe Combe aux Solidarités.

Une place de choix a été donnée a un des partenaires de la majorité présidentielle. Christophe Béchu, ancien des Républicains qui s’est rapproché de LREM depuis 2017 et éphémère ministre chargé des Collectivités territoriales, succède lundi à Amélie de Montchalin au ministère de la Transition écologique.

L’urgentiste François Braun est nommé ministre de la Santé et de la Préventionen replacement de Brigitte Bourguignon, battue également aux législatives.

Quant à l‘ancien préfet Jean-François Carenco, il ira en tant que ministre des Outre-mers et l’actuel titulaire de l’Europe Clément Beaune, qui est à présent ministre délégué chargé des Transports, est remplacé par Laurence Boone aux Affaires européennes.

La maire de Beauvais Caroline Cayeux, est nommée ministre déléguée aux collectivités locales. Cette septuagénaire énergique, représentante selon ses dires de la droite sociale, avait récemment appelé à un rassemblement trans-partisan autour d’Emmanuel Macron.

Enfin l’ancienne secrétaire d’Etat Marlène Schiappa fait son retour au gouvernementnommée secrétaire d’Etat chargée de l’Economie sociale et solidaire et de la Vie associative.

Parmi les autres noms régulièrement cités ces dernières heures, ceux de Frédéric Valletoux, maire Horizons de Fontainebleau et président de la Fédération hospitalière de France (FHF), de Philippe Juvin, député LR des Hauts-de-Seine, Jean Rottner, président LR de la région Grand-Est, et Arnaud Robinet, maire Horizons de Reims (Marne). Mais aussi Catherine Vautrin, ancienne ministre de la Cohésion sociale de Jacques Chirac, un temps pressentie pour Matignon au lendemain de la présidentielle, Jean-Marc Zulesi, député LREM, ou encore Fabienne Keller, eurodéputée Renaissance.

Un «collectif compétents»

Une fois formé, ce « collectif » sera « là pour répondre aux préoccupations des Français », au premier rang desquelles celle du pouvoir d’achat, et sera « installé définitivement, parce que nous sommes là pour durer », a fait valoir Aurore Bergé dimanche.

Le point commun des nouveaux membres du gouvernement sera de « pouvoir partager la feuille de route qui a été choisie par les Français » avec l’élection d’Emmanuel Macron, a-t-elle souligné, laissant entendre que les oppositions qui réclament un projet « amendé » en seront pour leurs frais.

Si bâtir l’équilibre d’une nouvelle équipe est toujours complexe, l’exercice l’est cette fois-ci plus encore après la claque de la perte de la majorité absolue à l’Assemblée nationale en juin, qui devrait obliger l’exécutif à accroître la place des partenaires MoDem et Horizons de LREM, et à tenter des prises à droite ou à gauche, dans le cadre du « dépassement » politique prôné par Emmanuel Macron.

Un poids lourd du gouvernement évoquait vendredi la nécessité d’avoir surtout des ministres « compétents » et ayant « la maîtrise du parlement » où vont devoir se bâtir des compromis.

D’aucuns, y compris dans la majorité, dont le président du MoDem François Bayrou, avaient appelé dans ce contexte à la nomination de ministres au profil « politique », et non technocrate.

Au total, le gouvernement II d’Elisabeth Borne, qui comptait dans sa précédente version (provisoire entre la présidentielle et les législatives), 17 ministres, six ministres délégués et quatre secrétaires d’Etat, compte en son sein désormais 41 membres, dont 20 femmes.

RÉACTIONS: LFI TIRE À BOULET ROUGE, LE RN ACCUSE MACRON D’«IGNORER» LE RÉSULTAT DES LÉGISLATIVES

Un «non-évènement» reflétant un «pouvoir en voie de décomposition»: le remaniement gouvernemental lundi a été accueilli par un tir de barrage du côté de la France insoumise tandis que le RN accusait Emmanuel Macron d’ignorer «une nouvelle fois» le résultat des législatives.

Avant même l’annonce officielle du nouveau casting gouvernemental, de nombreux cadres de LFI ont décoché des flèches acérées sur Twitter, comparant l’exécutif à un «Titanic» dans lequel «peu de volontaires» avaient voulu embarquer, selon l’expression du député Manuel Bompard.

Sa collègue de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain a vu dans le remaniement le reflet d’une «macronie au point mort». «Rien de nouveau sous le ciel gris du gouvernement (…) Un petit jeu de chaises musicales, de rares nouveaux profils évidemment acquis aux vieilles recettes neolibérales», a-t-elle tweeté, attribuant par ailleurs l’éviction de Damien Abad, visé par une enquête pour tentative de viols, à la «pression féministe».

Evoquant elle aussi le limogeage du ministre des Solidarités, la cheffe de file des Insoumis à l’Assemblée Mathilde Panot s’est félicitée de la fin d’une «aberration», assurant que M. Abad «n’aurait jamais dû être nommé» au gouvernement.

Plusieurs Insoumis braquaient par ailleurs leurs critiques vers la déclaration de politique générale attendue mercredi, sommant de nouveau la Première ministre Elisabeth Borne de se soumettre à un vote de confiance.

«La durée de vie (de ce nouveau gouvernement, ndlr) sera peut-être 48h. Mercredi, la 1ere Ministre doit se soumettre à un vote de confiance, ou alors motion de censure», a menacé Alexis Corbière.

Au sein des autres formations de la Nupes, le ton était dans un premier temps plus mesuré. Côté EELV, Sandrine Rousseau s’étonnait de «n’avoir jamais croisé (…) sur la moindre lutte écologiste» le nouveau ministre de la Transition écologique Christophe Béchu.

De son côté, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel faisait de nouveau entendre une musique légèrement différente en se montrant plus attentiste.

«Peu importe le casting, c’est la politique qui va être menée qui est déterminante (…) Ce n’est pas la composition du gouvernement qui fait la différence, ça va être le discours de politique générale», a-t-il déclaré sur Twitter.

«L’essentiel se jouera à l’Assemblée nationale grâce au vote des Français qui n’ont pas donné de majorité absolue à la macronie», a renchéri son lieutenant Ian Brossat.

– Darmanin ciblé par le RN –

A droite et à l’extrême droite, un certain attentisme dominait même si le ton restait très critique.

«Ceux qui ont échoué sont tous reconduits. Le Président de la République ignore ainsi une nouvelle fois le verdict des urnes et la volonté des Français d’une autre politique», a twetté la chef de file des députés RN Marine Le Pen.

Le porte-parole du RN Laurent Jacobelli a particulièrement ciblé Gérald Darmanin, reconduit à l’Intérieur avec un portefeuille désormais élargi à l’Outre-Mer.

«Après le fiasco du Stade de France, les mensonges à répétition, l’incapacité à gérer la submersion migratoire et l’ensauvagement, Gérald Darmanin est…. promu!?! La Macronie se fiche du résultat des élections et des Français», a accusé M. Jacobelli.

Sur le plateau de BFMTV, le député RN de l’Oise Philippe Ballard a toutefois voulu marquer sa différence avec les appels de LFI à censurer le gouvernement mercredi.

«Si c’est pour bêtement faire la procédure, ça n’a pas beaucoup d’intérêt. Les Français attendent autre chose», a-t-il déclaré.

Vice-président RN de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu s’est lui félicité du remplacement d’Olivier Véran à la tête du ministère des Relations avec le Parlement.

«Ce départ est une bonne chose. Nous l’avions demandé», a-t-il déclaré sur le plateau de franceinfo TV, reprochant à M. Véran d’avoir relégué le RN – et le LFI – hors de «l’arc républicain» avec lequel l’exécutif serait amené à discuter.

Du côté des Républicains, discrets avant l’annonce elle-même, le député Pierre-Henri Dumont a jugé «c’est un gouvernement qui ressemble plus à une fin de règne quà un début de quinquennat».

Sujets sensibles

Damien Abad est sorti du gouvernement, remplacé par Jean-Christophe Combe aux Solidarités. Sujet sensible, le cas de Abad (Solidarités) a ainsi été tranché, alors que l’ ex-ministre est sous le coup d’une enquête du parquet de Paris pour tentative de viol après la plainte d’une femme pour des faits qui se seraient déroulés lors d’une fête en 2010.

Une troisième femme a témoigné contre M. Abad dans un entretien diffusé lundi matin par BFMTV. Lors d’une soirée dans un bar en 2013, « j’ai commencé à totalement perdre mes moyens, j’avais même des vertiges », a décrit cette militante des Jeunes Populaires, le mouvement de jeunesse de l’UMP, en disant s’être réveillée le lendemain dans sa propre chambre d’hôtel, puis avoir eu « des flashs » lui permettant d’affirmer qu' »il était dans la chambre la nuit; c’est sûr, certain, il était dans le lit ».

Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’État chargée du Développement qui fait face à deux plaintes pour viol déposées par des patientes de son cabinet de gynécologie, quant à elle reste: elle a « clairement tout mon soutien », souligne Mme Bergé.

Le remaniement, puis le discours de politique générale prononcé par Elisabeth Borne mercredi – pour lequel elle n’a toujours pas dit si elle solliciterait la confiance des députés par un vote – doivent permettre de clore ce qui a paru comme une longue période de flottement pour l’exécutif, depuis la réélection d’Emmanuel Macron le 24 avril, il y a près de deux mois et demi.

Le tant attendu projet de loi sur le pouvoir d’achat arrivera devant l’Assemblée le 18 juillet, avec pour objectif son adoption « avant la fin du mois de juillet et début août maximum, pour avoir des effets très rapides pour les Français », a souligné Yaël Braun-Pivet dimanche sur France 3.


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