France: le président Macron entre en terra incognita sans majorité parlementaire claire

Écrit par sur 20 juin 2022

PARIS: Moins de deux mois après sa réélection, le président français Emmanuel Macron se retrouve lundi privé de majorité absolue à l’Assemblée nationale, une situation pratiquement inédite qui ouvre une période d’incertitude et d’instabilité.

Le second tour des élections législatives dimanche s’est soldé selon les éditorialistes par une « gifle » ou une « claque » pour M. Macron, dont la coalition ne conserve que 245 sièges sur 577 à l’Assemblée nationale, loin de la majorité absolue de 289.

Le vote a surtout été marqué par la percée sans précédent de l’extrême droite de Marine Le Pen, son adversaire du second tour de la présidentielle, avec 89 députés et le regain de la coalition de gauche emmenée par le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, qui a fait élire 131 députés.

Mais le parti de la droite classique, Les Républicains (LR) a résisté, avec 61 députés, qui pourraient se retrouver en position d’arbitre, et auxquels le camp présidentiel a tendu la main dès dimanche soir.

« Nous travaillerons dès demain (lundi, ndlr) à construire une majorité d’action », a déclaré la Première ministre Elisabeth Borne après l’annonce des résultats, estimant qu’il n’y a « pas d’alternative à ce rassemblement pour garantir la stabilité ».

« On nous trouvera toujours pour essayer d’embarquer avec nous, de convaincre surtout, les modérés qui sont présents dans ce Parlement, de nous suivre », a encore déclaré la porte- parole du gouvernement, Olivia Grégoire, lundi matin à la radio France Inter.

« Il va falloir de l’imagination, de l’audace, de l’ouverture, où il faudra » et à destination de « tous ceux qui veulent faire avancer le pays », a-t-elle ajouté.

Motion de censure en vue

Concrètement, soit la coalition d’Emmanuel Macron réussit à conclure un accord de gouvernement avec d’autres partis, à l’image de ce qui se fait en Allemagne, soit elle négocie ponctuellement les textes qu’elle veut faire adopter, pour combler les 44 sièges qui lui manquent pour atteindre la majorité absolue.

Cette configuration replace le Parlement au centre du jeu politique, une première sous la Ve République, un régime présidentiel créé en 1958 justement pour éviter l’instabilité du régime parlementaire qu’était la IVe République (1946-1958).

Si l’idée d’un accord de gouvernement évoquée par certains dirigeants de droite a été rejetée par la direction des LR, le débat pourrait se rouvrir au sein du parti, qui s’est engagé à ne pas se livrer à un blocage systématique.

« Nous avons fait campagne dans l’opposition, nous sommes dans l’opposition, nous resterons dans l’opposition », a affirmé le chef du parti, Christian Jacob.

Le secrétaire général du parti, Aurélien Pradié, a d’ailleurs indiqué lundi matin qu’il ne voterait pas la motion de censure que veut déposer la formation de M. Mélenchon dès la déclaration de politique générale de Mme Borne prévue le 5 juillet pour renverser le gouvernement.

« Il n’est pas question, pour ma part, que je vote un projet de gouvernement commun avec La France insoumise », (LFI) a dit M. Pradié sur Franceinfo. « Je ne me sens pas les mêmes valeurs républicaines et je ne me sens pas le même projet pour l’avenir de notre pays », a-t-il expliqué.

Remaniement en vue

En revanche, pour Manuel Bompard, un des dirigeants de LFI, « Mme Borne devrait partir ». « Le gouvernement tel qu’il a été constitué par Emmanuel Macron ne peut continuer à gouverner comme si de rien n’était », a-t-il affirmé lundi sur BFMTV.

Formé le 20 mai, le gouvernement devrait au minimum être sérieusement remanié, en raison notamment de la défaite dans les urnes de trois de ses membres, dont les ministres de la Transition écologique et de la Santé.

Elisabeth Borne « est trop affaiblie pour pouvoir rester à Matignon. Il y a un choix de Premier ministre crucial à faire qui permette une continuité politique et une stabilité politique qu’aujourd’hui elle n’aura pas », a également estimé Louis Aliot, un dirigeant du Rassemblement national (RN) de Mme Le Pen.

Sur France Inter, M. Aliot s’est prononcé, « vu les difficultés du pays, vu la rage d’un certain nombre » de Français, en faveur d' »un gouvernement d’union nationale pour préparer des échéances majeures en matière de pouvoir d’achat, de sécurité ou de retraites », mais a dit ne pas croire que M. Macron s’engagerait dans cette voie.

La coalition de gauche et le RN se disputent déjà la stratégique présidence de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, dévolue depuis 2007 au premier groupe d’opposition.

Le mandat de 5 ans des députés ne commence officiellement que mercredi.

D’ici là, les nouveaux élus, parmi lesquels d’emblématiques novices en politique comme Rachel Kéké, ancienne femme de chambre devenue députée de gauche, doivent venir s’enregistrer et récupérer leur mallette de député contenant l’écharpe tricolore.


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