L’Arabie saoudite et d’autres pays islamiques condamnent l’intention d’un parti suédois d’extrême droite de mettre le feu au Coran

Écrit par sur 19 avril 2022

DJEDDAH: Les nations arabes et les pays musulmans ont fermement condamné les intentions du parti suédois d’extrême droite Stram Kurs («Ligne dure») de détruire par le feu, durant le mois du ramadan, des exemplaires du Coran, le livre sacré de l’islam.

Le week-end dernier, des affrontements ont opposé la police et les manifestants à Norrköping, Linköping, Rinkeby, Malmö, Örebro et Stockholm, la capitale de la Suède, afin d’empêcher la mise à feu du Coran.

L’Arabie saoudite a condamné le fait que le parti utilise «délibérément» le Coran pour inciter à la haine contre les musulmans. Le Royaume a toutefois appelé à promouvoir la culture du dialogue, de la tolérance et de la coexistence entre les religions.

«Le ministère des Affaires étrangères exprime la condamnation du royaume d’Arabie saoudite de l’abus délibéré du Saint Coran, des provocations et de l’incitation contre les musulmans par certains extrémistes en Suède», indique le ministère saoudien des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le Royaume insiste sur le fait qu’il est nécessaire de renoncer à la haine, à l’extrémisme et à l’exclusion. Il appelle à prévenir les abus à l’encontre de tous les groupes religieux et les Lieux saints.

Le parti Stram Kurs a été condamné par l’Égypte, l’Iran, l’Irak, la Jordanie, la Malaisie et le Qatar, parmi d’autres pays. La Ligue islamique mondiale (LIM) ainsi que l’Organisation de la coopération islamique (OCI) et le Parlement arabe, l’organe législatif de la Ligue arabe, ont exprimé à leur tour leur indignation.

 

LIM

La police suédoise annonce dans un communiqué publié lundi que quarante personnes ont été blessées, parmi lesquelles vingt-six policiers, que plus de vingt véhicules ont été endommagés ou détruits et que vingt-six personnes ont été interpellées au cours de ces journées de violence.

Rasmus Paludan, avocat et homme politique d’extrême droite suédo-danois qui a fondé le parti Stram Kurs en 2017, avait fait part de son intention de se joindre à la manifestation organisée dimanche à Norrköping. Toutefois, selon les médias suédois, il ne se serait pas présenté sur les lieux.

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Sur cette photo prise le 4 septembre 2021 à Stockholm, en Suède, on voit le politicien suédo-danois Rasmus Paludan qui prêche la haine avec un exemplaire du Coran a la main; il l’a ensuite déchiré et brûlé. (Pelle T. Nilsson/Swedish Press Agency).

 

Dans une déclaration publiée par le parti Stram Kurs à la fin de la journée de dimanche, Rasmus Paludan a annoncé l’annulation du rassemblement dans la mesure où les organisateurs estimaient que la police suédoise n’était pas en mesure de «se protéger et de me protéger».

C’est le 15 avril que cette controverse a été déclenchée. Paludan a alors partagé avec ses 4 700 abonnés sur Instagram une photo de lui qui brandit un livre dont les coins semblent être brûlés. La légende de la photo précise: «On a brûlé le Coran à Rinkeby.»

Le lendemain, on rapporte qu’il a invité sur les réseaux sociaux ses partisans à imiter son geste en publiant le message suivant: «Le moment est venu de détruire le Coran par le feu.»

Même si Stram Kurs est considéré comme un groupe marginal dans les pays scandinaves, il a gagné en popularité ces dernières années, en particulier dans le sillage de la crise des réfugiés en Europe, en 2015. Cette année-là, des millions de personnes qui ont fui les conflits et l’instabilité au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie ont commencé à affluer vers les pays européens.

En effet, Stram Kurs ainsi que d’autres partis d’extrême droite cherchent systématiquement à susciter l’hostilité à l’égard des musulmans, mais aussi à l’encontre des migrants économiques et des réfugiés. Ces groupes vont jusqu’à exiger leur déportation massive dans le but de préserver, selon eux, l’identité ethnique authentique de la Suède.

M. Paludan envisage par ailleurs de se présenter aux élections législatives suédoises du mois de septembre. Il parcourt actuellement le pays pour rallier des soutiens à sa candidature. Dans ce contexte, il choisit délibérément de faire campagne dans des régions qui abritent d’importantes communautés musulmanes.

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Des policiers poursuivent des émeutiers à Örebro, en Suède, avant une manifestation prévue par le politicien danois hostile aux musulmans Rasmus Paludan et son parti, Stram Kurs, le 15 avril 2022. (Paul Wennerholm/TT News Agency, via Reuters).

Rasmus Paludan a tenté par le passé de provoquer les musulmans en appelant à détruire par le feu des exemplaires du Coran. En novembre 2020, son site Internet exhortait ses partisans à se rassembler devant l’Arc de Triomphe, à Paris, pour «brûler le Coran en prévision d’une assemblée publique pacifique».

Ce même mois, Paludan a également exhorté ses partisans à se rassembler dans la banlieue de Molenbeek, à Bruxelles, où «les patriotes européens mettront le feu au Coran en signe de mépris criant pour l’islam».

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Des musulmans palestiniens lisent le Coran dans la mosquée Al-Omari pendant le mois du ramadan dans la ville de Gaza, le 18 avril 2022. (Majdi Fathi/NurPhoto)

En 2020, Paludan a été condamné à un mois de prison pour avoir incité à la haine contre la communauté musulmane sur les comptes de médias sociaux de son parti, Stram Kurs. L’année précédente, il avait été condamné à une peine avec sursis pour racisme et s’était vu confronté à quatorze chefs d’accusation, parmi lesquels la diffamation et la conduite dangereuse.

Il convient de souligner que Paludan n’est pas la première personnalité publique à inciter à la haine en essayant de brûler des exemplaires du Coran. En 2010, le pasteur de Floride Terry Jones, fondateur du centre Dove World Outreach Center, a juré de marquer la 9e commémoration des attentats du 11 septembre 2001 en mettant le feu au livre sacré de l’islam.

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Des contre-manifestants lancent des pierres sur la police dans la ville d’Örebro, en Suède, le 15 avril 2022, en amont d’une manifestation prévue par le groupe danois antimusulman Stram Kurs. (Kicki Nilsson/TT News Agency via Reuters).

Cet appel a suscité une condamnation mondiale; le Vatican et les Nations unies ont pressé le pasteur Jones de ne pas poursuivre son projet.

David Petraeus, qui était à l’époque commandant de la Force internationale pour l’assistance en matière de sécurité en Afghanistan, a prévenu que ces actions pourraient être instrumentalisées par les talibans et d’autres groupes extrémistes pour rallier des partisans ou promouvoir des actes terroristes en Occident.

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Des étudiants iraniens manifestent devant l’ambassade de Suède à Téhéran, le 18 avril 2022, pour dénoncer les appels d’un groupe suédois d’extrême droite à brûler le livre sacré de l’islam. (Atta Kenare/AFP).

 

«Ce sont précisément ces actions qu’utilisent les talibans et qui pourraient occasionner de graves problèmes. Nous sommes engagés avec la communauté islamique ici, comme partout dans le monde», a déclaré M. Petraeus à l’époque.

Interrogé sur les appels lancés par le pasteur Jones dans l’émission Good Morning America de la chaîne ABC, le président américain de l’époque, Barack Obama, avait lui aussi prévenu que le fait de brûler le Coran «pourrait favoriser le recrutement d’individus qui sont prêts à se faire exploser dans des villes américaines ou européennes».

Devant ce tollé, le pasteur Jones a renoncé à l’incinération du Coran le jour de l’anniversaire des attentats du 11-Septembre.

Reste à savoir si ces condamnations dissuaderont les partisans de Paludan et du groupe Stram Kurs de brûler le Coran.


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