En France, la crise climatique relativement invisible dans la campagne présidentielle

Écrit par sur 9 février 2022

  • Malgré l’urgence climatique et écologique, la thématique environnementale reste relativement inaudible dans la campagne présidentielle française, alors que la plupart des candidats esquivent le sujet.
  • La défense de l’environnement et de la nature sont pourtant des enjeux « importants » pour 93% des Français, dont 68% affirment qu’ils tiendront compte des propositions des candidats sur ce thème pour définir leur vote à la présidentielle.

PARIS : Malgré l’urgence climatique et écologique, la thématique environnementale reste relativement inaudible dans la campagne présidentielle française, après un quinquennat Macron jugé négativement par les ONG.

La fin d’année 2021 a pourtant été « la plus douce jamais mesurée », selon Météo-France. Le 30 décembre, à quatre mois du scrutin, il faisait près de 8 degrés à 2.800 mètres d’altitude dans les Pyrénées françaises.

Quelques semaines plus tôt, le nord et le sud-ouest de la France avaient connu des inondations. Mais le réchauffement climatique échappe aux débats présidentiels, davantage focalisés sur le pouvoir d’achat, la crise sanitaire, ou encore l’islam.

« L’extrême droite est dynamique et arrive à imposer ses thèmes – immigration, insécurité – au détriment de l’environnement », analyse Simon Persico, professeur à Sciences Po Grenoble.

Outre le sortant Emmanuel Macron, grand favori de l’élection bien qu’encore non déclaré, les trois candidats recueillant le plus d’intentions de vote sont de droite (Valérie Pécresse) ou d’extrême droite (Marine Le Pen, Eric Zemmour), des courants traditionnellement moins présents sur les questions environnementales.

La première vante bien « une écologie de progrès et de solutions ». La fille de Jean-Marie Le Pen soutient le nucléaire en tant qu’énergie décarbonée, quand l’ex-polémiste entend « préserver les paysages ». Mais ils n’insistent pas vraiment.

PRÉSIDENTIELLE EN FRANCE : UNE EXTRÊME DROITE CONQUÉRANTE MAIS DÉCHIRÉE

Avec près d’un tiers des intentions de vote, l’extrême droite française aborde l’élection présidentielle en position de force, mais divisée entre Marine Le Pen, sa dirigeante encore incontestée il y a quelques mois, et un nouveau venu, l’ex-polémiste Eric Zemmour.

Les derniers sondages donnent invariablement le président sortant Emmanuel Macron largement en tête au premier tour et réélu au second, mais une féroce bataille pour la deuxième place oppose la candidate de droite Valérie Pécresse, à Eric Zemmour et Marine Le Pen, avec généralement un léger avantage pour cette dernière.

« Le problème, c’est que l’extrême droite, c’est l’image de la force. Quand vous fendez l’armure, ça peut être ressenti comme une faiblesse », estime Christian Delporte, spécialiste en communication politique et historien des médias.

Court termisme

Anne Bringault, du Réseau Action Climat (RAC), regrette une campagne court termiste : « Le bruit médiatique (…) se focalise sur des polémiques, sans espace pour débattre de l’évolution des modèles de société. »

« La plupart des candidats esquivent le sujet parce qu’ils savent à quel point traiter les problèmes dans ce domaine nécessite une remise en question de nos modes de vie », abonde Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement (FNE), qui regroupe 6.000 associations.

A la traîne dans les sondages, les candidats de gauche sont eux critiqués par leurs opposants pour leur approche idéologique ou dogmatique de l’écologie.

Le radical Jean-Luc Mélenchon défend une « planification écologique » et l’écologiste Yannick Jadot promeut une « République écologique ».

La défense de l’environnement et de la nature sont pourtant des enjeux « importants » pour 93% des Français, dont 68% affirment qu’ils tiendront compte des propositions des candidats sur ce thème pour définir leur vote à la présidentielle, selon un sondage réalisé en octobre dernier.

Mais il y a un « échec à aborder ces sujets dans le débat public », note Claire Egnell, du collectif « Pour un réveil écologique ». « C’est un problème de démocratie assez immense. »

Et de déplorer : l’urgence climatique, qui nécessite « une capacité de vulgarisation » importante, est abordée « de manière extrêmement simplifiée ». 

En 2019-2020, l’exécutif français a bien organisé une « Convention citoyenne pour le climat », durant laquelle 150 citoyens ont planché sur 149 mesures pour limiter les émissions de gaz à effets de serre.

MACRON TOUJOURS FAVORI DE LA PRÉSIDENTIELLE EN FRANCE

Servi par une campagne sans grand relief et des opposants qui peinent à s’imposer nettement, le président sortant Emmanuel Macron, pas encore officiellement candidat, apparaît toujours comme le favori de l’élection présidentielle d’avril en France.

Soucieux de s’afficher en homme d’Etat concentré sur les grandes affaires du moment – gestion de la situation sanitaire en France, diplomatie tous azimuts autour de la crise ukrainienne -, Emmanuel Macron n’est toujours pas entré dans l’arène de la présidentielle et retarde l’annonce d’une candidature qui ne fait pas le moindre doute.

Au grand dam de ses rivaux, qui l’accusent de faire campagne sans le dire, et pour son propre bénéfice, puisque cette situation lui profite jusqu’à présent.
S’il gagne en avril, il sera le premier président à être réélu pour un second mandat depuis Jacques Chirac en 2002.

« Trop lent »

Mais « la montagne a accouché d’une souris verte », regrette Greenpeace. Une loi Climat ensuite adoptée en juillet 2021 n’a pas repris suffisamment de ces propositions, ou elle les a édulcorées, pointe l’ONG. 

Critiquée pour sa timidité à la fois par le Conseil économique, social et environnemental et le Haut conseil pour le climat, la nouvelle législation « ne permettra pas à la France de respecter la trajectoire de réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 », un objectif « déjà obsolète » alors que l’Union européenne a adopté une trajectoire de -55%, « elle-même insuffisante pour rester sous la barre des + 1,5°C », regrette Greenpeace.

Le gouvernement sortant est « trop lent par rapport à l’urgence », affirme Laurent Morel, le vice-président du Shift project, un centre de recherche environnemental. « On ne peut pas se permettre de faire des tours d’observation de cinq ans », poursuit-il.

Clément Sénéchal, un porte-parole de Greenpeace, dénonce, lui, un « écart abyssal entre les beaux discours d’Emmanuel Macron et le détail de ses actions ». En 2021, la justice française, saisie par quatre ONG (dont Greenpeace), elles-mêmes soutenues par une pétition signée par 2,3 millions de citoyens, a ainsi déclaré l’Etat « responsable » de manquements à ses engagements et du « préjudice écologique » qui en découle.

Pour Clément Sénéchal, la France doit s’inspirer d’autres pays européens, notamment l’Espagne, le Portugal, le Danemark et les pays scandinaves, ou encore le Royaume-Uni, qui font « beaucoup plus d’efforts » pour une vraie transition climatique.


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