Présidentielle 2022 : la douloureuse campagne d’Anne Hidalgo, entre constat d’échec et nouvelle tentative de relance

La candidate socialiste et maire de Paris ne décolle toujours pas dans les sondages. Pire, sa proposition de primaire a fait l’unanimité contre elle, semant le doute dans son propre camp. A moins de trois mois de la présidentielle, tous les voyants sont au rouge.onjour. Les premières propositions d’Anne Hidalgo ! » Réunis au petit matin sous le toit de la Canopée des Halles, à la sortie du métro parisien, une demi-douzaine de jeunes militants socialistes tractent pour leur candidate. Ce mercredi 12 janvier, malgré le froid mordant, le regard baissé des passants et l’ambiance morose de la campagne, ils poursuivent la distribution de leurs dépliants. « On ne va pas se mentir, les sondages ne nous annoncent pas de super scores », reconnaît Joachim.

L’échec de la proposition d’une primaire à gauche lancée par Anne Hidalgo, à laquelle seule Christiane Taubira a choisi de participer – dans le cadre de la primaire populaire –, a provoqué de nombreuses déceptions sur le terrain. « L’histoire de la primaire populaire a un peu déboussolé certains militants, admet Joachim. Mais bon, désormais on sait qu’on ira jusqu’au bout. Et puis il y a toujours des surprises dans une présidentielle… » Les militants espèrent maintenant voir leur candidate relancer sa campagne. Dans cet objectif, la maire de Paris doit détailler son programme – que franceinfo a pu consulter et qui compte 70 propositions – ce jeudi, après un passage à la matinale de France Inter. Elle doit ensuite présenter ses comités locaux le 20 janvier, avant un meeting à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) le 22, et probablement un passage télé d’ici la fin du mois.

« Ça n’a pas imprimé »

Ce n’est pas la première fois qu’Anne Hidalgo tente de relancer une campagne qui n’a jamais vraiment démarré. Dès son entrée dans la course, le 12 septembre 2021, elle donne l’image d’une candidate que son camp a poussée à se présenter alors qu’elle répétait pendant la campagne des municipales ne pas être intéressée par l’Elysée.

Elle tente ensuite de fendre l’armure, en se dévoilant notamment dans un livre, Une femme française, publié le 15 septembre (éd. de L’Observatoire). Le « storytelling » peut alors se mettre en place : celui d’une fille d’ouvrier espagnol, ayant grandi dans le quartier défavorisé de la Duchère, à Lyon. Mais sur le terrain, ça ne prend pas. Sa notoriété reste assez faible et son étiquette de « bobo » parisienne lui colle à la peau, comme le démontre un reportage de « Complément d’enquête » dans les rues de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). « Vous avez déjà entendu parler d’elle ? », lance le journaliste à un passant. « Non, jamais. »

Les semaines passent et la socialiste peine à se faire une place dans la campagne. Les journalistes qui accompagnent la candidate remarquent la difficulté qu’elle rencontre pour aller parler aux Français. Anne Hidalgo mène une bataille silencieuse. Après un premier meeting en octobre à Lille devant un millier de personnes, elle organise de petites réunions dans des salles modestes qu’elle peine à remplir. « On aurait préféré que la campagne imprime à l’automne, mais ça n’a pas imprimé, reconnaît aujourd’hui le sénateur PS Rémi Féraud. Il y a eu bien sûr des erreurs internes, mais aussi un climat totalement dominé par la droite et l’extrême droite. Et l’éclatement de l’offre politique à gauche a créé de la démobilisation… »

« Jadot prend une lourde responsabilité »

Le 8 décembre, elle prend le train en direction de La Rochelle (Charente-Maritime) pour une nouvelle étape de son tour de France à la rencontre des Français. Mais décide soudainement de descendre à Poitiers (Vienne) pour faire demi-tour. Officiellement, il s’agit de rentrer en raison du déclenchement du plan blanc dans la capitale, lié à la nouvelle vague de Covid-19. Mais dans l’après-midi, la candidate révèle à son équipe de campagne la véritable raison du changement de programme : elle se rend à 20 heures sur le plateau du journal de TF1 pour y proposer une primaire de la gauche.

Le pari se révèle audacieux. « Elle a essayé… On ne pourra pas lui reprocher d’avoir divisé la gauche », note le jeune sénateur Rémi Cardon, son porte-parole dans la campagne. « Elle a tenté de trouver une issue pour rassembler autour d’une dynamique, et ça n’a pas été suivi d’effet… Jadot prend une lourde responsabilité », ajoute le maire de Nancy Mathieu Klein.

Quand c’est flou…

Mais qu’a donc gagné Anne Hidalgo dans cette histoire de primaire ? Si ce n’est de mettre en pause sa propre candidature et d’en avoir fait émerger une nouvelle. « On ne va pas se mentir, la candidature Taubira, c’est une difficulté en plus », concède Rémi Cardon. De quoi semer encore plus la confusion parmi les militants socialistes. « On n’a pas éclairci notre ligne politique. Aujourd’hui, on n’a pas de colonne vertébrale », se désole une militante PS, étudiante en sciences politiques à Toulouse.

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