Birmanie : L’armée arrête Aung San Suu Kyi et prend le pouvoir

L’armée a pris le pouvoir en Birmanie. Le coup d’Etat a débuté tôt dans la matinée de lundi, avec l’arrestation de Aung San Suu Kyi, la chef de facto du gouvernement, et du président de la République, Win Myint, selon Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti au pouvoir.

L’armée s’est ensuite emparée de l’hôtel de ville de Rangoun, la capitale économique du pays, et l’accès à son aéroport international était bloqué. Enfin, les militaires ont proclamé l’état d’urgence pour une période d’un an et nommé un général président par intérim. Ce putsch intervient alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures.

Condamnations internationales

Les États-Unis et l’Australie ont rapidement réagi, appelant à la libération immédiate des dirigeants de la LND et au rétablissement de la démocratie. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a quant à lui « condamné fermement » l’arrestation d’Aung San Suu Kyi. Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Birmanie prévue de longue date pourrait prendre un caractère d’urgence et être avancée en début de semaine en raison des derniers développements, a indiqué un diplomate sous couvert d’anonymat.

Les militaires dénoncent depuis plusieurs semaines des fraudes lors des législatives de novembre, remportées massivement par la LND. Sous prétexte de la pandémie de coronavirus, les élections « n’ont pas été libres, ni justes », avait assuré la semaine dernière lors d’une conférence de presse le porte-parole de l’armée, le major général Zaw Min Tun. Les militaires affirment avoir recensé des millions de cas de fraude, dont des milliers d’électeurs centenaires ou mineurs.

Trois ministères clés pour les militaires

Surtout, les craintes que la situation politique très tendue ne dégénère se ressentaient dernièrement jusque dans les déclarations internationales. Plus d’une dizaine d’ambassades, dont celle des Etats-Unis et la délégation de l’Union Européenne, avaient exhorté vendredi la Birmanie à « adhérer aux normes démocratiques », rejoignant l’ONU dans un chœur d’inquiétudes internationales sur un possible coup d’Etat.

Le parti d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, très critiquée à l’international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas mais toujours adulée par une majorité de la population, a remporté une victoire écrasante en novembre. Il s’agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte qui a régné pendant un demi-siècle sur le pays. L’armée conserve toutefois un pouvoir très important, ayant la main sur trois ministères clés (l’Intérieur, la Défense et les Frontières).

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