Olivier Véran craint « une vague épidémique encore plus forte que les précédentes »

Le couvre-feu « ne suffit pas à faire reculer le virus », a prévenu le ministre de la santé ce jeudi. Des mesures plus strictes devraient être annoncées dans les prochains jours.

« A l’évidence, l’efficacité du couvre-feu à 18 heures s’estompe, et il ne suffit pas à faire reculer le virus. » Le ministre de la santé, Olivier Véran, a pris la parole jeudi 28 janvier à 14 heures pour faire l’état des lieux de la situation sanitaire et préparer les esprits à des mesures plus strictes – dont un possible troisième confinement –, lesquelles devraient être annoncées dans les prochains jours.

Après mûre réflexion au sein même des instances décisionnaires de l’Etat, des mesures seront prises « en fin de semaine, après qu[’ont été] vu[s] les effets du couvre-feu à 18 heures » (lequel avait été instauré sur le territoire national le 16 janvier)a confirmé sur France Inter Gabriel Attal, porte-parole du gouvernementEt « les annonces, s’il doit y en avoir, seront évidemment faites rapidement ».

De son côté, M. Véran a rappelé que le virus se propageait « plus vite chaque semaine », en dépit du couvre-feu. « Nous sommes sur un plateau montant », a-t-il rapporté, avec « vingt mille cas diagnostiqués chaque jour » désormais – un chiffre qui croît de 10 % en moyenne chaque semaine. Par ailleurs, « la tension hospitalière augmente à nouveau », a poursuivi le ministre. « Ces deux dernières semaines, il y a [eu] désormais plus de cas graves à l’hôpital que de personnes pouvant en sortir », a-t-il ajouté, faisant état de 250 patients admis en réanimation chaque jour.

« Une épidémie dans l’épidémie »

M. Véran a comparé la situation actuelle à celle qui avait précédé le deuxième confinement, à l’automne, avec 3 100 malades du Covid-19 en réanimation fin janvier contre « 3 300 ou 3 400 » en octobre. « On est presque, aujourd’hui, au niveau des réanimations du mois d’octobre. La grande différence est que la dynamique n’est pas exponentielle, c’est vrai, mais à nouveau le nombre de réanimations augmente, c’est factuel », a-t-il insisté, notant que les hôpitaux sont « presque à 60 % d’occupation » des lits de réanimation par des patients atteints du Covid-19.

En raison de cette pression hospitalière, certains d’entre eux (à Nice notamment) ont commencé à transférer des patients dans d’autres établissements de la même région, a rapporté M. Véran. « Et nous ne sommes pas très loin d’envisager à nouveau de procéder aux premiers transferts de patients interrégionaux pour soulager certaines régions », a ajouté le ministre, évoquant la situation préoccupante que connaissent le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté.

Ce sont aussi les nouveaux variants du virus, plus contagieux, qui font craindre une dégradation de la situation sanitaire. « Les enseignements que nous tirons des pays dans lesquels ces variants ont circulé plus tôt et plus fort que chez nous sont qu’ils sont susceptibles d’entraîner une vague épidémique très forte, plus forte encore que les précédentes », a averti M. Véran, faisant état de plus de 2 000 nouveaux patients atteints de ces variants par jour, contre quelque 500 patients par jour début janvier. « Essentiellement, c’est le variant découvert en Angleterre », mais également le « variant d’origine sud-africaine », a-t-il précisé.

« Ce que nous voulons éviter, c’est une épidémie dans l’épidémie, qui n’est pas encore véritablement visible en France, mais dont tout nous laisse à penser qu’elle sera une réalité très vite et très fort si nous ne faisons rien. »

Mesures supplémentaires pour freiner la circulation du virus

Dans ce contexte, le porte-parole du gouvernement a évoqué plusieurs pistes, l’éventail allant du « maintien du cadre actuel », jugé « peu probable », jusqu’à « un confinement très serré ». Entre ces deux bornes sont évoqués la possibilité d’un couvre-feu couplé à un confinement seulement le week-end ou encore l’allongement des vacances de février avec l’interdiction des déplacements interrégionaux, selon une source gouvernementale.

« Il est évidemment possible de réfléchir à allonger les vacances d’un côté ou de l’autre. Mais notre objectif est que les enfants puissent continuer à apprendre », a confirmé M. Attal, alors que le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, milite plutôt pour « préserver les calendriers autant qu’on peut ».

Avant de nouvelles annonces, le premier ministre, Jean Castex, devait mener jeudi et vendredi une série de consultations avec les présidents de groupes politiques au Parlement, les associations d’élus et les partenaires sociaux. Une initiative qui ne convainc pas les oppositions, toujours critiques : « La concertation commence après qu’en réalité les décisions [ont] été prises »a tweeté le numéro un du Parti socialiste, Olivier Faure.

Les réunions de jeudi ont « dégagé un consensus autour de la fragilité de la situation épidémique, et un second consensus qui découle directement du premier », ainsi que « la nécessité de prendre des mesures supplémentaires pour freiner la circulation du virus dans les prochains jours », a rapporté le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Le gouvernement prévoit qu’en février « un million de personnes supplémentaires » reçoivent au moins une injection de vaccin anti-Covid, après que plus d’1,4 million en ont déjà reçu une en janvier – soit un total de « 2,5 millions fin février ». Cette prévision de vaccination est très inférieure au chiffre de « 4 millions [de personnes vaccinées] fin février », tel que prévu par le ministre de la santé, Olivier Véran, le 21 janvier.

Le Monde

 

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