Covid-19 : le couvre-feu en Guyane, une mesure qui a fait ses preuves

france24– Pour endiguer l’épidémie de coronavirus et éviter un reconfinement global en France, le chef de l’État a annoncé, mercredi, l’instauration d’un couvre-feu en Île-de-France et huit métropoles. Une mesure qui a fait ses preuves en Guyane mais qui génère un « coût social et économique », selon la communauté scientifique.

L’annonce était attendue. Mercredi 14 octobre, le président français, Emmanuel Macron, a imposé un couvre-feu pour quatre semaines au moins dans la région Île-de-France et huit métropoles françaises, à partir de vendredi minuit.

L’objectif affiché : ralentir la propagation de l’épidémie de Covid-19, comme cela fut le cas, par exemple, dans le département et région d’Outre-mer de Guyane française. Un couvre-feu y a été établi dès le mois de mai, alors que le nombre de cas repartait à la hausse de manière alarmante et la mesure a, semble-t-il, inspiré le chef de l’État.

Une mesure efficace

Dès le 11 mai, la Guyane a expérimenté un couvre-feu sanitaire à la carte, et la mesure s’y est avérée efficace, selon différents avis scientifiques. « Les chiffres sont sans appel : le couvre-feu a eu des effets massif sur la circulation de l’épidémie », a déclaré le 15 octobre sur France Inter Clara De Bort, directrice de l’Agence régionale de Santé (ARS) de Guyane.

Une étude mise en ligne le 12 octobre, mais pas encore publiée dans une revue scientifique, atteste également de l’efficacité de la mesure. Menée par un collège de chercheurs (CNRS, Inserm, Santé Publique France, Institut Pasteur, ARS Guyane et plusieurs universités), le rapport d’une vingtaine de pages évalue l’impact du couvre-feu et des autres mesures restrictives sur la circulation du virus en Guyane.

Ses conclusions  laissent peu de place au doute : « En juin et juillet, la Guyane française a mis en place un couvre-feu, confinement et autre mesures restrictives. Nous avons établi que la combinaison de ces mesures ont réduit le taux d’incidence du Covid-19 de 1,7 à 1,1, ce qui a été suffisant pour éviter la saturation dans les hôpitaux ».

Peut-on pour autant en tirer des leçons pour la métropole, à la structure démographique bien distincte de celle de la Guyane ? L’étude souligne bien rendre compte de l’expérience spécifique et locale de la Guyane. Néanmoins, « la modélisation mathématique aide à construire des scénarios réalistes (…) Les informations que nous tirerons de ces expériences locales seront essentielles pour optimiser progressivement les stratégies de contrôle et déterminer les interventions suffisantes pour contrôler les rebonds épidémiques de SARS-CoV-2 », assurent les auteurs de l’étude.

Un couvre-feu variable dans le temps et dans l’espace 

Quelle est donc cette « expérience locale » ? Le préfet de Guyane, Marc Del Grande, a mis en place le 11 mai, dès la sortie du confinement, un couvre-feu de 23 h à 5 h. Par ailleurs, les restaurants et les bars ne pouvaient servir qu’en extérieur tandis que les écoles, cinémas et lieux de culte  étaient fermés. Malgré ces précautions, les cas de Covid-19 se sont multipliés dans le département. Selon l’étude sus-citée, le taux de reproduction de base ou R0 – qui désigne le nombre théorique de personnes infectées par un cas contagieux – monte à 1,7 aux alentours du 20 mai.

À partir de juin, le préfet a publié des dizaines d’arrêtés successifs, modifiant les horaires et ajoutant des communes à la liste en fonction de l’évolution de l’épidémie. Entre le 10 et le 25 juin, le couvre-feu a progressivement commencé de plus en plus tôt et a aussi empiété sur les week-ends. Fin juin, il était effectif de 17 h à 5 h du matin en semaine et dès 13 h le samedi, jusqu’au lundi matin.

Des mesures radicales mais qui fonctionnent. Selon les chercheurs, le taux de transmission passe de 1,7 à 1,1 aux alentours du 15 juin. Néanmoins, les autorités veillent à ce que l’attention ne se relâche pas et elles prennent d’autres mesures. Le 25 juin, elles annoncent une fermeture complète des restaurants et des frontières, ainsi qu’un reconfinement dans une vingtaine de zones très localisées.

Début juillet, le nombre d’hospitalisations commence à se stabiliser, puis décroît lentement. En août, la préfecture divise le département en quatre zones avec des horaires différents et assouplit le couvre-feu. Mais à ce jour, 16 des 22 communes du département sont toujours concernées par des restrictions nocturnes, de minuit à 5 h du matin. Et pour l’instant, pas de levée du couvre-feu en vue malgré une amélioration constante de la situation épidémique.

Lutter contre le Covid-19…et les accidents de la route 

Derrière cette décision politique, il y a une volonté de stabiliser la situation sanitaire, certes, mais aussi de limiter les violences, la consommation d’alcool ou les accidents de la route, qui ajouteraient de la pression sur les hôpitaux.

« De minuit à 5 h, pour 95 % de la population cela n’est pas un effort particulier mais cela nous rend beaucoup de services. Cela évite des contacts sociaux quelquefois alcoolisés, une possibilité de clusters… (…) Nous avons encore des patients hospitalisés Covid, en réanimation, beaucoup moins certes. Et moins nous avons d’accidents de la route, plus notre système hospitalier est stable pour gérer le Covid », a déclaré Marc Del Grande, le 12 octobre sur Guyane La 1ère.

La mise en place du couvre-feu a eu un coût pour tout le département et ses habitants ont parfois eu du mal à s’y retrouver. « Ce sont des efforts massifs, la mesure a été dure pour les bars et restaurants », concède aussi Clara De Bort. Certains l’ont par ailleurs perçu comme une entrave à la liberté. Contestée par la Ligue des droits de l’Homme qui y voyait notamment une atteinte à la liberté d’aller et venir, la mesure avait d’ailleurs été, en partie, annulée par le tribunal administratif de Cayenne le 27 mai pour 12 des 22 communes du département.

L’étude CNRS/Inserm le rappelle elle aussi : « Si les confinements ont prouvé leur efficacité, ils ont néanmoins un coût social et économique très important. Les mesures restrictives ne sont dont pas tenables sur du long terme et il est essentiel d’identifier des mesures  efficaces mais avec un impact sociétal moindre ».

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